Le jardin des cédrats ou La Mémoire des cendres

Le jardin des cédrats Editions Lucien Souny, mai 2007. Réédité en 2012 sous le titre La Mémoire des cendres.

Il y a plus d’un demi-siècle, Raphaël quitte volontairement la Corse, son vrai pays, le lieu de toute sa souffrance et toute sa joie. Une fois sur le continent, il coupe les liens avec l’île et se dégage même de la diaspora. Emporté par la maladie, Raphaël accomplit, en ce début de printemps, son ultime voyage pour reposer éternellement en Corse. C’est à son fils, Olivier, qu’incombe la délicate mission de transporter l’urne funéraire, et surtout de choisir un lieu adéquat pour répandre les cendres. Il arrive dans le village de son père, encore plus rude que le reste de l’île, fermé par les montagnes et interdit par la mer. Il ne connaît personne. C’est un étranger. Or, quand on porte un nom comme le sien, on est forcément d’ici ! Des rencontres improbables suivies d’alliances inattendues verront ainsi le jour, permettant à Olivier d’avancer dans son enquête, de guérir le passé familial, d’honorer ses ancêtres et de renouer avec luimême. Mêlant le parfum des souvenirs aux effluves du maquis fleuri portés par les vents et aux flagrances subtiles qui montent de la mer, l’auteur nous transporte à travers le temps, l’histoire et le pays à la rencontre de personnages attachants, à l’image d’Annonciade, un des derniers témoins de la Corse traditionnelle, sauvage et indomptable, et de sa petite-nièce, Baptistine, femme de la terre et de la modernité, qui s’acharne à réveiller les mémoires avant qu’elles ne disparaissent à jamais, à préserver les traditions séculaires, à faire renaître et la terre et la nature, sources infinies de bonheur et de plaisirs simples mais essentiels.

Extrait de la Thèse de doctorat de Pascal Orsini

Extrait de la Thèse de doctorat de Pascal Orsini, soutenue le 20 juillet 2010 à l’Université de Corte: « Elements d’approche d’une expression régionale: La production littéraire corse de langue française ».

« L’écriture de la mémoire insulaire à partir de la trajectoire individuelle Bernard Farinelli »

La prise en charge de la mémoire insulaire semble être un autre domaine privilégié par certains auteurs. En effet, la portée intimiste de l’ouvrage se déclare particulièrement dans la consécration de l’île : vision de l’enfermement, vision de l’exil, vision du retour, vision paradisiaque ou tragique. Une telle imprégnation personnelle paraît aboutir à une mise en demeure du texte, c’est-à-dire à une orientation concrète du sujet dans la mesure où ce sont les appréhensions et les expériences des auteurs qui sont décrites. Exorciser ses peurs, communiquer sur son passé, résoudre sa relation conflictuelle avec l’île, dompter le milieu qui entoure et englobe l’être comme chez Marie Susini, Angelo Rinaldi, et partiellement chez Antoine Ottavi semblent être une constante dans la production littéraire corse de langue française. Il est important de souligner le fait que certains auteurs s’interdisent les clichés pour parler de la Corse. C’est particulièrement le cas de Bernard Farinelli. L’auteur consacre son dixième ouvrage à la Corse.

Né en Auvergne, il est lié à la Corse par son père, originaire de la ville de Sartène (1). Rien ne laissait présager donc qu’un fonctionnaire exerçant au Conseil Général du Puy-de-Dôme puisse écrire un jour un livre dont l’action se déroulerait en Corse, excepté la volonté de mettre par écrit des sensations, des souvenirs, de consigner des paroles prononcées par des êtres à présent disparus et, en définitive, une part de soi-même. En effet, la quête heuristique du personnage principal semble correspondre à une certaine mise en mots de soi. L’auteur crée une atmosphère pétrie du secret et du mystère de la terre et des origines. La nature, le monde animal, le monde minéral deviennent des réalités transfigurées. L’auteur dote son écriture d’une pesanteur métaphysique qui métamorphose l’itinéraire du personnage principal en un voyage initiatique au terme duquel il parviendra à un secret.

(1) Son père a quitté la Corse après la Seconde Guerre Mondiale. Il s’agit d’un exil volontaire afin de subvenir à ses besoins. Arrivée à Paris, la famille opère un repli sur elle-même par rapport à la Corse. Néanmoins, à partir de 1960, le père de Bernard Farinelli décide de revenir en Corse. C’est durant ces périodes que Bernard Farinelli entretient avec la Corse une relation fondamentale. Il garde, encore aujourd’hui, des souvenirs forts de ces vacances. Sa mère, qui est originaire d’Auvergne, parcours la Corse avec ses enfants. Ils visitent de nombreux lieux pittoresques (villages de montagne, stations balnéaires, forêt), Dès lors, dans la vie de l’auteur, la Corse représente un ancrage fondamental. Aujourd’hui, ses séjours en Corse sont rares, mais il entretient avec l’île un lien continu comme l’atteste la publication de son dernier ouvrage intitulé Le destin des Bartoli.

Olivier est commissaire principal sur le continent. Suite au décès de son père, emporté par la maladie d’Alzheimer, ses frères et sœurs lui confient la lourde tâche d’emporter les cendres du défunt sur la terre de ses origines : « une conclusion logique » (2). C’est justement dans le cadre naturel du pays insulaire qu’Olivier va vivre des expériences surprenantes, parfois périlleuses et, voire même, amoureuses. En partant à la recherche d’un lieu propice afin de déposer les cendres du son père, Olivier s’engage dans un parcours heuristique. Cette quête va contribuer au dévoilement de la vérité  et favoriser la découverte de son histoire personnelle et de son héritage moral, affectif et culturel.

L’intérêt principal de l’œuvre de Bernard Farinelli réside dans le fait que le personnage central part à la reconquête de son identité car il est déchargé de toutes contingences familiales. Dans le roman, un passage clé va permettre le surgissement de cet héritage : il s’agit de la retraite dans la bergerie. Le monde végétal luxuriant et chamarré qui entoure le bâtiment va se déclarer au héros comme un espace de vérité transfigurée. Il se connecte à « l’esprit sauvage » (3) du monde insulaire. Avant le surgissement significatif de son être d’un seul élan, Olivier entreprend un long parcours –administratif puis personnel- afin de retrouver des traces de sa famille. Dans ses recherches, il sera molesté par des hommes cagoulés. Laissé pour mort sur le bord de la route, il est secouru par Baptistine Santarelli. Il s’agit d’une jeune femme qui voue une véritable passion aux cédrats. Il tombe sous le charme de cette âme vivante. Dans ses pérégrinations, il rencontre aussi une femme prénommée Annonciade : « l’âme ancestrale du village, elle annonce les dangers imminents de la mort » (4). Elle est l’instigatrice de l’épisode initiatique  d’Olivier. La vieille dame pense qu’il a « droit à sa généalogie, à sa fréquentation des temps immémoriaux» (5). Il rencontre aussi Blanche, l’amour de jeunesse de son père ainsi que Mémé l’ancien juge de paix qui, par ses paroles, fait découvrir à Olivier la vérité mais aussi une vision juste des choses et de la réalité : « dans ce pays tout va à l’extrême » (6). Olivier sera confronté à cette extrémité du sol insulaire car il tue, dans le maquis un homme. Le personnage entre dès lors, dans le domaine de l’irraisonné. Il s’agit d’un braconnier. Olivier entre dans le monde de l’irraisonné. Cette image se couvre d’une dimension symbolique forte car en tuant le vieil homme Olivier tue la part sombre qui était en lui afin de renaître. L’idée développée par l’auteur semble donc la suivante : tuer le vieil homme dans l’idée de mourir à soi afin de préfigurer le commencement d’autre chose.

(2) Bernard Farinelli, Le jardin des Cédrats, Edition Lucien Souny, 2007, (3) p. 21.3 Ibid, (4) p. 118.4 Ibid, (5) p 72.5 Ibid, (6) p.101.6 Ibid, p. 78.

L’ouvrage de Bernard Farinelli est intéressant à plus d’un titre dans la mesure où l’auteur livre le récit d’un itinéraire initiatique démesuré. Tout au long du roman, l’auteur multiplie les passages qui relèvent de l’initiation : dimension initiatique du voyage, dimension initiatique de la recherche, dimension initiatique de l’expérience amoureuse. Au travers de l’écriture, Bernard Farinelli transmet une image saisissante de l’homme et de sa recherche du passé et de son histoire familiale. En foulant le sol insulaire, le personnage d’Olivier « rétablit le lien entre les générations de la famille, [il répare] la mémoire blessée. [Il est] d’ici et de nulle part ailleurs »(7).

L’auteur confère donc une large place au sol natal, au pressentiment de la nature afin d’illustrer le rapport originel d’un être à un lieu géographique donné.

Faut-il y déceler une petite part autobiographique ? Sans doute mais elle n’est pas essentielle. Le jardin des cédrats (2007) est avant tout un roman initiatique alimenté par un travail ethnographique important. A travers cette expérience de la rencontre, le personnage d’Olivier accède à « la vérité supérieure venue du fond des âges »(8). En définitive, il crée une atmosphère pétrie du secret et du mystère de la terre des origines. La nature, le monde animal, le monde minéral deviennent des réalités transfigurées. L’auteur dote son écriture d’une pesanteur métaphysique qui métamorphose l’itinéraire du personnage principal en un voyage initiatique au terme duquel il parviendra à un secret. L’auteur allègue aussi une large place au sol natal, au pressentiment de la nature afin d’illustrer le rapport originel d’un être à un lieu géographique donné. Dès lors, toutes les possibilités du langage sont mises en œuvre afin de restituer les méandres de la mémoire insulaire.

Le roman de Bernard Farinelli, Le jardin des Cédrats (2007) est un instantané ponctuel de la production littéraire corse de langue française qui favorise la compréhension de la finalité de l’œuvre à travers une approche différente du domaine corse. Il s’agit de la consécration de l’identité culturelle à travers une approche spécifique : celle de l’exil : exil culturel pour Bernard Farinelli.

(7) Ibid, p. 258.(8) Ibid, p. 121.

En savoir plus sur la thèse de Pascal Orsini

Lire le courrier d’une lectrice

Bonjour,

Le nom que je porte est celui du père de mon mari natif de Murato. Nous sommes souvent à St Florent où depuis la cinquantaine le besoin s’est fait sentir de se rattacher aux racines. Et nous traînons souvent nos bottes à nonza. Voilà pourquoi j’ai acheté votre livre et l’ai fait lire à mon mari. Il y a, n’ayant pas lui-même vécu en Corse (père militaire, Tunisie puis Var), retrouvé beaucoup de choses de la mémoire orale des familles corses, de comportements, sources de souffrances… Je tenais à vous dire notre émotion. Lui est architecte-urbaniste et moi paysagiste-urbaniste et oeuvrons comme vous pour un certain développement qui n’oublie pas le territoire et son histoire (j’ai commencé mes études par une maîtrise de géographie et une d’Ecologie). Maintenant que nos 3 fils vivent leur vie, nous reprenons le travail en Corse, sinon nous habitons Aix en Provence.

Au plaisir de vous lire M. C.

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